Accueil > Dossiers > Paul SMART : j’ai testé le prototype Z1

Qui sait que Paul SMART, pilote britannique de Grand Prix de 1970 à 1972, vainqueur à Imola en 1972 sur Ducati 750, fut l’un des pilotes d’essai du service Recherche & Développement de Kawasaki U.S.A., au début des années 70 ? Ces « piges » constituaient à l’époque pour les pilotes un bon moyen de gagner leur vie.
Aux Etats-Unis, les usines ne payaient pratiquement pas  leurs pilotes – les quelques «bonus» qu’ils recevaient leur permettaient tout juste de payer leur mécanicien et leurs déplacements de courses en courses.

En plus des habituelles primes de départ et des potentielles primes d’arrivée, Paul SMART augmentait donc ses gains en effectuant des essais routiers pour le service Recherche & Développement de Kawasaki. C’est ainsi qu’au printemps 1972,  il rejoint une équipe composée de pilotes japonais et américains pour un test « coast-to-coast » à travers les Etats Unis. L’objectif est clairement défini par l’usine : il faut  détruire les Kawasaki 900 Z1 de pré-production !
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Paul SMART en chemise verte
Paul SMART :
" Ce fut une grande aventure, pas tout à fait aussi disciplinée que l’on pourrait l’imaginer. Nous formions plutôt une bande, composée de pilotes américains de chez Kawasaki U.S.A. et japonais venus directement de l’usine. Des mécaniciens venus eux aussi du Japon nous suivaient dans deux grosses camionnettes Dodge. "
Nous devions rouler avec les Z1 aussi violement que possible afin de voir ce qui allait casser sur les motos. Nous devions les utiliser au-delà des limites – plus haut et plus fort – jusqu’à les détruire.

WADA, un gars du service Recherche & Développement venu du Japon semblait s’éclater sur la moto – les japonais n’avaient jamais fait de roue arrière sur une moto et chacun de nous s’y essayait jusqu’à ce que WADA se mette par terre en faisant un soleil et détruise l’une des motos.
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Séance mécanique sur le circuit de Talladega
Quand nous cassions un moteur, les mécaniciens japonais le démontait sur place, là où nous trouvions, sur le bas-côté de la route dans la saleté et la poussière, sans même chercher un garage ou un local pour travailler. Ils étalaient une couverture à même le sol et démontaient  toute la moto s’il le fallait.

Sur les motos, nous faisions tout et n’importe quoi. Maggie, ma femme,  nous accompagnait, ce qui nous a permis de tester la moto en duo. Un jour, j’ai même eu l’occasion de rouler sur la moto avec Maggie et Lesley, la petite amie de Barry (SHEENE). Nous avons fait une sacrée balade tous les trois sur la moto !

Le voyage a duré trois ou quatre semaines, il n’y avait pas grand-chose de programmé. Nous devions passer par les circuits – Willow Springs, Talledega – pour  rouler sur piste et littéralement « défoncer » les machines. La Z1 était la première machine équipée de pastilles de réglage du jeu aux soupapes, disposées au-dessus des godets de soupapes. Quand nous poussions les motos à fond, les pastilles sautaient les unes après les autres et sortaient de leur logement.

Hurley WILBERT et moi, nous étions discrètement inscrits dans une course de 8 heures, tout près de San Francisco, qui fut remportée par un pilote local.
Cela nous valut des photos dans la presse et surtout une belle engueulade de la part du management de Kawasaki. Mais on peut aussi penser qu’ils étaient secrètement satisfaits de bénéficier ainsi d’une publicité gratuite.

En réalité, nous ne nous sommes pas vraiment fait remarquer durant tout ce voyage, les motos étaient maquillées et peintes aux couleurs de Honda et à travers les Etats-Unis, personne ne semblait faire attention à nous.

C’était vraiment agréable.  Ces motos étaient les premières à rouler à  210 km/h, cela n’existait pas auparavant. Et malgré tous nos efforts, elles étaient extraordinairement robustes. C’est sûr, elles bougeaient beaucoup – il fallait une bonne période de prise en main avant de s’y habituer. Les pilotes américains, habitués des circuits de dirt,  n’y prêtaient même pas attention ; ils avaient l’habitude de piloter tout ce qui se tortillait.
Pour moi et pour les pilotes britanniques, nous avions l’habitude de piloter des machines de courses plus raffinées, c’est pourquoi dès leur arrivée au Royaume Uni, les Z1 furent démontées et les moteurs furent installées dans des cadres spéciaux. Aux Etats-Unis (et en Australie) les gars couraient avec ces motos telles qu’elles étaient.

En conclusion, ces motos étaient des motos attachantes »
 
d’après Classic Motorcyle Mechanics
Nov 2012
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Z1 de pré-production n° 11 aux couleurs de Honda