MORIWAKI Story : mon beau-père et moi
"Au-delà du meilleur"
Tel est le slogan de MORIWAKI Engineering.
"Tout comme les records de temps de course sont battus année après année, il n'y a pas de fin à l'évolution technologique et à la fabrication qui soutiennent ces records.
Même si vous gagnez une course, vous continuerez à aller de l'avant pour être encore meilleur, et c'est la signification de ce slogan."
Mamoru Moriwaki
1ère partie : années 1960 à 1980
Né en 1944, Mamoru Moriwaki est originaire de Kobe, au Japon.
Au milieu des années 60, le jeune Mamoru Moriwaki participe à des courses de moto, au guidon d'une Honda CB 72 : un petit bicylindre 4 temps, d'une cylindrée de 247 cc, développant 20 CH.
En 1966, il se rend avec son père à Akigawa chez Pop Yoshimura.
Plus de 500 km séparent Kobe (région du Kansaï) d'Akigawa (région de Tokyo).
A l'époque le voyage en moto dure 17 H.
Moriwaki demande à Yoshimura de lui préparer sa machine pour la course : améliorer les performances du moteur, modifier le châssis, etc ...
Le résultat s'avérera bien au-delà de ses espérances ...
Le résultat était impressionnant : la vitesse de pointe était passée de 130 km/h à plus de 200 km/h !
Mamuro MORIWAKI
Séduit par le maître des lieux, le Mamoru Moriwaki commence à fréquenter l'atelier de Pop Yoshimura.
De plus en plus souvent.
Il finit par s'installer sur place pour ne plus avoir à rentrer chez lui.
Honda S800 devant l'atelier de Pop Yoshimura
A l'époque, Pop Yoshimura prépare des voitures de course.
Principalement des Honda, S 600 puis S 800, de petites autos sportives très populaires au Japon.
Moriwaki partage le volant avec Fujio Yoshimura, le fils de Pop Yoshimura, et intègre en tant que pilote auto le "Nishitama Speed Club", l'écurie de course de Pop Yoshimura.
En 1970, l'équipage Mamoru Moriwaki / Fujio Yoshimura remporte la catégorie GT-1, lors des 1000 km de Fuji.
Sur une Honda S800 n° 45 préparée par Pop Yoshimura.
Nouvelle victoire en 1971 au Grand Prix du Japon, en catégorie GT-S1
la S 800 n° 45 aux 1000 km de Fuji 1970
Mamoru Moriwaki au départ des 1000 km de Fuji 1970
Parallèlement, Moriwaki continue de courir en moto.
En 1970, il prend la deuxième place du Grand Prix de Singapour - épreuve hors championnat - sur une Honda préparée par Pop Yoshimura.
Au sein de la structure de Pop Yoshimura, Mamoru Moriwaki se spécialise dans la préparation des châssis.
A la sortie du kit CR destiné à la CB750 Honda, Pop Yoshimura se tourne vers la moto.
Il y applique les recettes qui lui ont si bien réussi en course auto :
- culasses modifiées
- arbres à cames spéciaux
- échappements 4 en 1
En août 1971, Mamoru Moriwaki s'envole pour les États-Unis afin de rejoindre Fujio qui prépare les CR 750 Honda du Team Krause.
En septembre, iI s'inscrit aux 76 miles Junior AMA de Talladega, au guidon d'une CB 350 Honda bicylindre.
La 350 étant tombée en panne, Moriwaki se fait prêter la CR 750 de réserve du team Krause Honda.
Moriwaki se classe 7e - Kenny Roberts qui participe également à cette course prend la 3e place.
La CR préparée par Fujio Yoshimura développe 97 CH (67 CH pour la CB 750 d'origine) grâce notamment à une culasse retravaillée, à un arbre à cames spécifique, à des carburateurs racing et à un échappement 4 en 1 (1ère version).
La CR 750 du Team Krauser (1970)
Fin septembre 71, Pop rejoint Fujio et Mamuro aux U.S.A.
Il amène avec lui la nouvelle version de son échappement 4 en 1 destiné aux CR 750 de l'écurie Krause.
De gauche à droite : Hiroshi Kazato, Pop Yoshimura, inconnu, Mamoru Moriwaki.
En 1972, Pop Yoshimura et son fils Fujio s'associent avec deux anciens clients (des ex-GI américains) pour fonder une société basée à Simi Valley, près de Los Angeles.
Cette société, baptisée "Yoshimura" commercialise les pièces spéciales conçues par Pop Yoshimura.
Mamoru Moriwaki ne participe pas à l'aventure américaine de Yoshimura.
Il préfère rentrer au Japon où il se sent plus à l'aise.
Quand Pop se trouve en Californie, c'est Namiko, sa fille aînée qui dirige les activités de la branche japonaise de Yoshimura, à Akigawa.
Namiko s'occupe de tout : production, approvisionnement, commandes, administratif, etc ...
Mamuro Moriwaki et Namiko Yoshimura se marient en 1972.
Aux U.S.A. Yoshimura connait un succès fulgurant.
Succès qui monte tout aussi rapidement à la tête des associés américains de Pop et Fujio.
Ceux-ci s'égarent dans des dépenses luxueuses et déraisonnables, omettant au passage de régler les factures des pièces expédiées par Yoshimura Japon.
Namiko alerte son père et son frère Fujio à plusieurs reprises sur les dangers qui guettent les deux sociétés, celle basée au Japon comme celle établie en Californie.
Elle relance également les américains pour tenter d'obtenir le paiement des factures en attente.
Depuis la création de Yoshimura U.S., Namiko et son mari, Mamoru Moriwaki, sont plus que réservés quant au sérieux et la crédibilités des associés américains de Pop.
Ce dernier ne partage pas ces réserves.
Après de longues et amères disputes sur le sujet, Pop demande à sa fille de quitter Yoshimura Japon.
Même s'il n'y avait pas eu de problème avec la filiale aux États-Unis, Manuro aurait créé sa propre entreprise tôt ou tard, car sa méthode est très différente de celle de mon père."
Namiko YOSHIMURA
Le premier atelier de Moriwaki engineering à Doboku-Cho
Le 30 septembre 1973, Namiko et Mamoru créent leur propre entreprise : Moriwaki Engineering.
Moriwaki Engineering s'installe à Doboku-cho, un quartier de Suzuka, dans un atelier loué à un garage automobile, Furuichi Automobile.
A ses débuts, Moriwaki Engineering prépare des moteurs de voitures de course et se charge de développer, fabriquer et exporter des produits YOSHIMURA vers la Californie.
Toutefois, Namiko et Mamoru sont convaincus que l'expérience U.S. de Pop va tourner court.
En prévision, Moriwaki construit "un endroit où Pop pourra revenir à tout moment et faire ce qu'il sait faire".
Autrement dit, préparer des moteurs ...
Moriwaki Engineering à Tamagaki
L'aventure américaine fait pschitt ...
Pop rentre au Japon, criblé de dettes.
Il s'est fait flouer par ses associés américains qui lui ont tout pris : la société, le stock de pièces, le réseau de revendeurs, ...
Il trouve refuge auprès de sa fille cadette, Yumiko, qui a repris les rênes de Yoshimura Japon.
Namiko et Mamoru, dont la société commence à se développer, soutiennent financièrement Pop Yoshimura et l'aident à prendre un nouveau départ.
A partir de 1974, Moriwaki travaille sur le moteur de la Kawasaki 900 Z1 afin d'en améliorer les performances.
En outre, Moriwaki entretient de bons rapport avec l'usine Kawasaki qui accepte de lui fournir des moteurs.
En 1975, Moriwaki conçoit une partie-cycle de course destinée à recevoir le moteur CB 125 Honda dont il améliore les performances.
En 1976, Moriwaki Engineering quitte Doboku-cho pour s'installer à Tamakagi.
La ME 125 W : première Moriwaki de course
En 1977, Moriwaki réalise sa première moto de course : la ME 125 W.
Le moteur est issu de la Honda CB 125 JX (modèle réservé au marché japonais) :
- monocylindre 4T à 2 soupapes
- refroidissement par air
- puissance maxi 14 CH
Moriwaki réalise un cylindre spécifique à refroidissement liquide par thermosiphon, autrement dit sans pompe à eau.
La puissance maxi grimpe à 24,6 CH.
Le cadre est de type double berceau tubulaire fabriqué par Moriwaki.
Moriwaki ME 125 W 1977
La ME 125 W termine 4e du championnat Senior 1977 au Japon - seul moto à moteur 4T au milieu des 2T.
Deux autres ME 125 W sont engagées dans des épreuves en Australie, avec pour pilotes Mamoru Moriwaki lui-même et Kensho Sato.
La première Moriwaki de course arbore les couleurs bleu et jaune qui deviendront emblématiques de la marque :
Le bleu représente l'immensité de la mer et du ciel, signifiant Mère Nature, source de toute vie sur terre. Le jaune représente l'esprit de MORIWAKI, qui aime le grand air et s'y épanouit."
Moriwaki Z1 aux 8 H de Suzuka 1978
En juillet 1978, Moriwaki Racing engage trois motos sous ses propres couleurs lors de la première édition des 8 H de Suzuka.
L'épreuve se déroule hors championnat - à l'époque les principales courses d'endurance sont regroupées au sein d'un Championnat d'Europe.
Les 8H de Suzuka sont ouvertes aux protos de course (catégorie TT-F1) comme aux motos de série modifiées - ce qui permet d'étoffer le plateau.
Pour les pilotes, la licence internationale n'est pas exigée, ce qui accroît sensiblement le nombre des participants.
Moriwaki Z1 1978
Lors de cette première édition des 8 H de Suzuka, Moriwaki engage deux Z1 :
- cylindrée 998,6 cc (69,4 x 66 mm)
- carburateurs Keihin CR29
- arbres à cames Bonneville
- grosses soupapes (+ 1 mm)
- boîte de vitesses close ratio
- suspensions Kayaba
- cadre Kawasaki Z1 modifié et renforcé
La puissance maxi est de l'ordre de 120 CH.
Les Moriwaki Z1 sont équipées d'un échappement 4 en 1 "Monster" créé par Moriwaki.
Le cadre reprend la géométrie du châssis d'origine de la moto - il est réalisé en acier au chrome molybdène.
Graeme Crosby au guidon de la Moriwaki Z1 1978
Sur la piste, la Moriwaki Z1 n° 1 crée la sensation.
Les pilotes, Graeme Crosby et Tony Hatton, occupent la tête avant de rétrograder suite à une panne d'essence, obligeant Hatton à regagner le stand à la poussette.
La Moriwaki Z1 n° 1 termine tout de même à la 3e place, à 6 tours de l'équipage victorieux - meilleur tour en course en 2'21"70.
La Moriwaki Z1 n° 1 termine la course avec un cadre fissuré (!).
Cela incite Moriwaki a concevoir, dès l'année suivante, son propre châssis, en utilisant des tubes légers - en acier au chrome molybdène - avec des renforts aux endroits clés et une géométrie de direction modifiée.
La victoire revient à l'équipage Wes Cooley / Mike Baldwin sur une Suzuki GS 1000 préparée par ... Pop Yoshimura.
L'autre Moriwaki Z1, frappée du n° 3, est pilotée par Lenny Coe et Tetsumichi Sanada - elle se classe 26e après un abandon au 134e tour, provoqué par une rupture de chaîne et une fuite d'huile.
Graeme Crosby au guidon de la Moriwaki Z1 1978
Je n’en revenais pas de sa rapidité et de sa stabilité. Lors de ma première sortie, j’étais à deux secondes du record du tour. La moto était vraiment géniale. Tony Hatton et moi avons ensuite roulé sur la moto lors de la course de huit heures de Suzuka en 1978 et avons terminé troisièmes, malgré la panne d’essence de Tony qui a dû la pousser jusqu’aux stands. On s’est éclatés.»
Graeme CROSBY
Moriwaki 650 aux 8 H de Suzuka 1978
Moriwaki 650 1978
La troisième moto, portant le n° 11, est motorisée par un moteur de Z 650 Kawasaki dont la cylindrée a été portée à 739 cc.
Le cadre est un vrai cadre de course, en acier au chrome molybdène, très éloigné de la géométrie du cadre d'origine de la Z 650.
La moto est pilotée par Masaharu Kasuno et Toshimitsu Sho.
En début de course, la Moriwaki 650 n° 11 se hisse jusqu'à la 5e place du classement général avant d'être contrainte à l'abandon.
Elle est tout de même classée, à la 36e place (sur 43 motos) après avoir effectué 56 tours - meilleur tour en course en 2'26"70.
Moriwaki 650 1978
Moriwaki "Monster Z" : 8 H de Suzuka 1979
Moriwaki Monster Z n° 2 aux 8 heures de Suzuka 1979
L'année suivante, Moriwaki Racing engage 4 motos :
- la Monster Z n° 2 pilotée par Graeme Crosby et Akitaka Tomie
Cette machine bénéficie d'une nouvelle partie-cycle en acier au chrome-molybdène, qui reprend la géométrie de la Moriwaki 650 vue l'année précédente.
Graeme Crosby réalise la pole position devant toutes les grandes écuries d'usine.
En course, la n° 2 abandonne au 52e tour à la suite d'une chute d'Akitaka Tomie - meilleur tour en 2'17"33.
Deux autres Moriwaki Z1 prennent part à l'épreuve :
- la n° 3 abandonne au 12e tour
- la n° 10 abandonne au 68e tour
- la Z650 n° 25 aux couleurs de Beet MRC, pilotée par Yasuo Morita et Masaaki Shibatani
Au terme de la course, la n° 25 moto prend la 9e place (derrière 8 Honda) - meilleur tour en 2'30"84.
Moriwaki Monster Z n° 2 aux 8 heures de Suzuka 1979
1979 : Moriwaki en Championnat britannique TT F1
Moriwaki Monster Pantall 1979
La Moriwaki bleue et jaune au look standard, avec son grand guidon, a suscité beaucoup d'intérêt. Ma 2e place au Championnat a surpris les fans et l'establishment. A vrai dire, probablement moi-même aussi.
Graeme CROSBY
Graeme crosby au guidon de la Moriwaki Monster Pantall 1979
En 1979, Moriwaki décide d'aller courir en Europe avec le pilote néo-zélandais Graeme Crosby déjà présent à Suzuka.
Le programme initial prévoit de rouler au TT de l'Île de Man.
Pour rouler au Tourist Trophy, il faut d'abord participer au Grand Prix de Manx.
Grâce à une lettre de recommandation rédigée par Mike Hailwood, les organisateurs du TT autorisent Croz à accéder directement à l’épreuve principale.
Moriwaki décide alors de prendre part à deux courses supplémentaires, inscrites au calendrier du Championnat britannique TT F1. :
- Brands Hatch, le 27 mai
- Mallory Park, le 10 juin
Crosby prend la 2e place place de la course Forward Trust/Motorcycle Weekly TT F1 à Brands Hatch, derrière la Honda officielle de Ron Haslam, après avoir mené pendant quelques tours.
Au Tourist Trophy, qui a lieu début juin, Crosby se classe 4e en catégorie TT F1 (à une vitesse moyenne de 107,39 mph).
Excellent résultat pour un pilote "rookie" et non britannique.
Dans l'épreuve du Classic TT, sa moto tombe en panne dans la montagne : piston percé.
La semaine suivante, Crosby abandonne à Mallory Park : boîte de vitesses cassée.
Compte tenu de l'enthousiasme suscité par cette drôle de moto bleue et jaune (dépourvue de carénage, équipée d'un grand guidon) et par son fantasque pilote, Moriwaki décroche un budget lui permettant de participer à d'autres courses du Championnat britannique TT F1.
Croz continue d'obtenir de très bons résultats :
- Donington Park : 2e
- Snetterton : 2e
En Juillet, le Team Moriwaki retourne au Japon pour participer aux 8 H de Suzuka (pole position et abandon).
Dans la foulée, l'équipe se rend en Australie où Crosby remporte la course d'Oran Park.
De retour en août sur le sol britanique, Crosby se classe 2e de la course de Silverstone (12 août) derrière Alex George.
Au Grand Prix d’Ulster, deuxième épreuve du Championnat du monde TT de Formule 1, Croz prend la 3e place.
Cela lui permet de terminer 3e au classement général du Championnat du Monde TT 1979 (grâce à sa 4e place au TT de l'Île de Man obtenue en juin).
Retour en Angleterre en septembre :
- Oulton Park : 6e (suite à des problèmes de freins)
- Scarborough : 3e (derrière Roger Marshall et Mick Grant, tous deux sur Honda)
- Cadwell Park : 3e (derrière Mick Grant et Alex George)
Fort de son succès public et de ses bons résultats, Croz est invité à rejoindre l’équipe "Reste du monde" pour piloter une Kawasaki KR750 lors de la AGV Nations Cup qui se court sur deux épreuves : Donington Park et Imola.
L'épreuve se déroule par équipes nationales : Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie, Reste du monde.
Crosby remporte l'AGV Nations Cup aux côtés de Dennis Ireland, Greg Hansford, Jeff Sayle, Will Hartog, Philippe Coulon et Boet Van Dulmen.
En octobre, il se rend en Australie pour participer aux 6 Heures Castrol, à Amaroo Park.
Il partage le guidon d’une Kawasaki Z1R MK2 avec le japonais Akihiro Kiyohara.
Croz réalise le 2e temps des essais.
Durant l'absence de son pilote, Moriwaki vend la "Monster" à Gordon Pantall, ancien pilote devenu concessionnaire.
Gordon Pantall accepte de prêter la moto à Graeme Crosby pour lui permettre de participer à la dernière manche du championnat Forward Trust/Motorcycle Weekly lors de la réunion 'Powerbike' de Brands Hatch, le 28 octobre.
Croz termine une nouvelle fois 3e.
Au classement final du Championnat TT F1, remporté par Ron Haslam, Graeme Crosby termine à une incroyable 2e place.
La saison se conclut même par une victoire : Croz remporte la course "British contre le reste du monde" qui oppose des motos TT F1 à des superbikes US.
Durant toute la saison, la Moriwaki bleue et jaune, aux couleurs de Gordon Pantall, a fait sensation.
Les facéties de son pilote, sur et hors de la piste, ont su séduire les spectateurs.
Moriwaki a gagné son pari.
Graeme Crosby au guidon de la Moriwaki Monster Pantall 1979
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A suivre ...