Accueil > Spéciales > La Z1R du jeu concours

Chapitre 1

On l’a vu (dossier Z1R), la 1000 Z1R s’est rapidement révélée un échec commercial.

Pour tenter de booster les ventes, de motiver les clients et de les faire venir en concession, la SIDEMM, importateur Kawasaki pour la France, décide de lancer au printemps 1978 un jeu concours en partenariat avec Moto Journal et Neiman, le fabricant d’antivols.

Quatre 1000 Z1R sont à gagner.

Pour ce faire, il suffit d’acheter Moto Journal (édition du 8 juin 1978) et de se rendre dans une concession Kawasaki pour « essayer d’ouvrir la chaîne antivol Neiman qui immobilise la fougueuse Z1R » à l’aide de la clef Neiman se trouvant au centre du dépliant annonçant le jeu concours.
Z1R-jeuconcours
Z1R-jeuconcours2
Si toutefois la clef n’ouvre pas l’antivol Neiman, il reste une deuxième chance : « il vous suffit de déposer le bulletin-jeu après l’avoir rempli dans l’urne du grand jeu Kawasaki « double tour, double chance » chez votre concessionnaire. C’est tout. Si les quatre 1000 Z1R n’ont pas été « délivrées », un tirage au sort effectué devant huissier en fin d’opération, déterminera les gagnants ».
Le jeu concours a lieu du 8 au 24 juin 1978.
Deux motos sont directement gagnées à l’aide des clefs Neiman.
Il faut croire que les deux clefs gagnantes restantes n’ont jamais été essayées en concession.
Les deux machines restantes sont donc attribuées après tirage au sort des bulletins de jeu.

En 1978, Gérard a 17 ans.
Passionné de moto, il achète et dévore chaque semaine la presse spécialisée.
L’actualité des Grand Prix, les essais des nouveaux modèles n’ont pas de secret pour lui.
Un passionné.
Lorsqu’il découvre la clef Neiman dans le Moto Journal du 4 juin 1978, il se rend avec des copains chez le concessionnaire Kawasaki le plus proche, à Toulouse.
Vainement, il essaie de libérer la « Z1R fougueuse » à gagner.
Las, sa clef n’est pas gagnante.
Il dépose tout de même un bulletin-jeu dans l’urne du grand jeu Kawasaki « double tour double chance » et rentre chez lui sans plus penser à ce fol espoir déçu.
 Z1R-jeuconcours3 
Six mois s’écoulent.
Le jeu concours est désormais bien loin.
En décembre 1978, arrive une lettre à en-tête de la SIDEMM, importateur KAWASAKI :
« Cher Monsieur,
Nous avons le plaisir de vous annoncer que vous êtes l’heureux gagnant de l’une des quatre Kawasaki 1000 Z1R mises en jeu dans notre grand jeu Kawasaki « double tour double chance » organisé en partenariat avec Moto journal et Neiman.
Votre moto, série n° 13650, vous sera remise prochainement dans la concession Kawasaki de Toulouse en présence de … »
Gérard n’en croit pas ses yeux.
Il est encore au lycée, n’a que 17 ans et vit chez ses parents.
La valeur d’une 1000 Z1R à cette époque est de plus de 25 000 F soit 13 000 de nos €uros actuels.
Après concertation avec ses parents, Gérard a d’abord envie de revendre la moto. Il est trop jeune, n’a pas le permis, la Z1R est une grosse moto à l’époque, elle est présentée comme la moto de série la plus puissante.
On peut imaginer mieux pour une première moto …
Mais Gérard est passionné.
C’est finalement son père qui lui offre la solution : « allons chercher la moto et gardons-la à la maison jusqu’à ce que tu passes ton permis ».
Pour étayer sa proposition, son père lui propose de lui payer le permis moto.
C’est donc en famille, avec les copains du village, mais toujours sans permis, que Gérard se rend à la concession de Toulouse, un samedi après-midi de décembre 78, pour se voir remettre la 1000 Z1R flambante neuve qu’il a gagnée.
Et c’est dans la voiture familiale qu’il rentre la maison.
La moto, elle, suit derrière.
A son guidon, l’un des copains du village qui a 18 ans et surtout, le permis moto.
La moto est soigneusement remisée dans le sous-sol du pavillon familial et il arrive parfois qu’un copain passe la mettre en route ou la fasse rouler afin qu’elle ne vieillisse pas prématurément faute d’être utilisée.
Dans l’attente que Gérard obtienne son permis.
Ce qui finit par arriver en octobre 1979.

Aussitôt dit, aussitôt fait, la moto est immatriculée au nom de Gérard et rapidement assurée.

Il peut enfin rouler à son guidon, il aura attendu ce moment près d’un an !Octobre 2013.

35 années se sont écoulées, je suis contacté par Gérard.
Il n’habite plus chez ses parents, mais est resté dans sa région d’origine. Il est marié et père de deux enfants.

Il a toujours sa fougueuse 1000 Z1R, série n° 13650.
Il souhaite la faire restaurer ou la revendre.
Il ne sait pas encore.

A son guidon, il a parcouru plus de quarante de mille kilomètres. La moto a vieilli forcément, une chute en 1981 – un poignet cassé pour son propriétaire - un garagiste peu scrupuleux qui l’avait en garde et l’a dépouillé de son faisceau électrique. Elle a perdu sa bulle et son garde-boue AR, gagné un porte-bagage et une peinture personnalisée … digne des années 80, pour faire disparaître les traces de la chute.
Mais la moto est complète et surtout, en état de fonctionner. 

Dès nos premiers contacts, je sens bien que Gérard a une attache particulière avec cette moto.

35 années de vie commune …
Mais j’ignore tout de son histoire et du lien avec le jeu concours.
Z1R-jeuconcours4
Z1R-jeuconcours5
Z1R-jeuconcours6
Après plusieurs échanges et quelques mois de réflexion, Gérard me raconte l’histoire de cette moto qui colle tant à son histoire familiale.
La moto est stationnée depuis plusieurs années chez un copain qui la met en route de temps à autre.
Est-ce le même copain qui 35 ans plus tôt avait ramené la Z1R de chez le concessionnaire ?
L’histoire ne le dit pas.
Gérard a bien senti ma passion pour les motos … et les belles histoires.
Il n’a possédé qu’une seule moto : la fougueuse Z1R est devenue la moto de toute une vie !
Il finit par me proposer de lui racheter sa moto, de la restaurer dans son état d’origine et de la conserver dans ma collection personnelle … durant au moins 35 ans !
J’accepte avec plaisir, et lui propose de raconter cette belle histoire d’homme, de passion et de moto.
C’est ce que je viens de faire …
Z1R-jeuconcours7 Didier KALUZA
Tous droits réservés
Mai 2014


Chapitre 2
 
La restauration d’une Kawasaki 1000 Z1R est un exercice compliqué qui peut vite se transformer en galère.
La moto est rare, elle est dotée de nombreuses pièces spécifiques et il n’existe quasiment pas de pièces de refabrication.

Le premier travail consiste à démonter complètement la moto :
  • carrosserie, selle
  • faisceau électrique, bobine, équipement électrique
  • carburateurs, boîtier de filtre à air
  • transmission, roue AR, bras oscillant
  • moteur
  • roue AV, fourche, tés de fourche
En procédant dans cet ordre, on se fait rapidement une idée de l’état de la moto avant d’arriver au cadre nu.
Z1R-jeuconcours8
Z1R-jeuconcours9   Z1R-jeuconcours10
Z1R-jeuconcours11    Z1R-jeuconcours12 
Les pièces sont ensuite regroupées en fonction de leur traitement à venir :
  • le cadre, les tés de fourche et le bras oscillant sont vérifiés, passés au marbre. Leur alignement est contrôlé, l’état de corrosion examiné. Le cadre comporte bien le marquage à froid d’origine du constructeur ainsi que sa plaque d’identification rivetée ; celle-ci est déposée et mise de côté. L’ensemble des pièces est ensuite envoyé au sablage et mis en peinture époxy (finition noir brillant).
  • les roues sont dépouillées de leurs enveloppes, pneumatiques et chambres à air, mais aussi de leurs roulements. Elles sont confiées au polisseur qui doit juste polir le bord des jantes et la tranche des branches. Elles reviennent ensuite pour recevoir leurs protections (adhésif sur les parties polies) avant de partir au microbillage et à la peinture (polyuréthane, finition noir satin). Une fois peintes, elles reçoivent de nouveaux roulements et des pneumatiques Bridgestone BT 45 neufs, qui constituent par expérience la meilleure monte pour ce modèle.
  • chaque élément de la carrosserie est examiné : état extérieur et intérieur du réservoir, carénage tête de fourche, caches latéraux (tétons de fixations), dosseret AR, garde-boue AV en métal, baguettes en plastique situées sous la selle. L’intérieur du réservoir est corrodé : il lui faut un traitement chimique. Les baguettes de selle cassées, doivent être remplacées, le carénage tête de fourche doit être réparé au niveau des fixations inférieures. L’ensemble de ces pièces est ensuite envoyé chez un peintre spécialisé en Allemagne. La peinture de la Z1R parait simple, en réalité elle est très difficile à réaliser : la teinte exacte est particulière et le positionnement des filets délicat.
  • le moteur est complètement démonté pour être restauré :
    • la culasse est rectifiée, les guides, les soupapes, les joints de queues de soupapes remplacés
    • le bloc-cylindres est réalésé et rectifié, les pistons, les segments, les axes, les clips remplacés
    • les arbres à cames sont contrôlés, les coussinets remplacés
    • la chaîne de distribution, les roulettes-guides, le patin, le tendeur sont remplacés
    • le vilebrequin est contrôlé au comparateur : il est dans les tolérances du constructeur
    • la pompe à huile est contrôlée et restaurée
    • les carters moteurs sont inspectés, les pas de vis vérifiées et taraudés, les plans de joints refaits à neuf
    • la boîte de vitesse est examinée visuellement : état des fourchettes, tambour de sélection, pignons
    • l’amortisseur de la cloche d’embrayage est contrôlé, l’embrayage est remplacé (disques lisses, disques garnis, ressorts)
    • les carters-moteur périphériques sont envoyés au polissage
    • le moteur est remonté par le mécanicien, il revient en atelier pour recevoir ses protections spécifiques avant d’aller au microbillage puis en peinture
  • les carburateurs de 28 mm sont désassemblés, les corps microbillés et passés aux ultra-sons, les chapeaux envoyés au polissage. L’équipement mobile et les joints sont remplacés. Le niveau de cuve est ajusté en fonction des caractéristiques du carburant actuel.
  • la fourche est démontée, les fourreaux sont envoyés au polissage. Une fois polis, ils sont remontés avec tubes, ressorts, joints spys et caches poussière neufs. La tenue de cap de la Z1R étant délicate, je choisis de rajouter un jeu de prolongateurs qui étaient montés sur les Z2R mises au point par Christian Bourgeois. Les portières de phares sont spécifiques et très fragiles, elles cassent au moindre choc AV ; il me reste un jeu neuf que j’installe sur la fourche.
 Z1R-jeuconcours13    Z1R-jeuconcours14
  • Z1R-jeuconcours15les amortisseurs d’origine sont démontés pour être reconditionnés ; ce sera juste pour la collection car je préfère installer des combinés KONI d’époque, toujours en vue d’améliorer la tenue de route.
  • La selle d’origine n’est pas réutilisable. Heureusement, j’ai la chance d’avoir conservé une selle d’origine neuve achetée au milieu des années 2000, elle est encore emballée dans son carton d’origine et comprend bien le kick de secours fixé en sous-face. Elle sera parfaite pour ce projet.
  • La moto est arrivée sans bulle. La bulle d’origine est aujourd’hui introuvable. Là encore, je dispose d’une bulle d’origine quasi neuve.
  • Le faisceau électrique est complet mais en mauvais état. Je possède d’autres faisceaux de Z1R : je choisis donc celui qui me parait le plus proche du neuf et le remets à neuf en le gainant et en remplaçant les connexions suspectes. Je lui raccorde des éléments neufs : connecteur 4 couleurs, relai de démarreur, redresseur, régulateur.
  • La selle d’origine n’est pas réutilisable. Heureusement, j’ai la chance d’avoir conservé une selle d’origine neuve achetée au milieu des années 2000, elle est encore emballée dans son carton d’origine et comprend bien le kick de secours fixé en sous-face. Elle sera parfaite pour ce projet.
  • La moto est arrivée sans bulle. La bulle d’origine est aujourd’hui introuvable. Là encore, je dispose d’une bulle d’origine quasi neuve.
  • Le faisceau électrique est complet mais en mauvais état. Je possède d’autres faisceaux de Z1R : je choisis donc celui qui me parait le plus proche du neuf et le remets à neuf en le gainant et en remplaçant les connexions suspectes. Je lui raccorde des éléments neufs : connecteur 4 couleurs, relai de démarreur, redresseur, régulateur.  
Z1R-jeuconcours16    Z1R-jeuconcours17
  • Les bobines sont remplacées par des bobines d’origine état neuf.
  • Les commodos. Le problème concerne surtout le commodo gauche, qui est spécifique à ce modèle du fait des fonctions multiples des clignotants. De plus une partie du faisceau électrique du commodo chemine dans le guidon. Sur la bonne dizaine de commodos gauches de Z1R que j’ai en stock, aucun n’est en bon état. Il me faut donc reconditionner complètement un commodo gauche à partir de plusieurs commodos existants.
  • Les compteurs de la moto sont en bon état mais le tableau de bord est cassé. Là encore un tableau de bord d’époque est devenu introuvable. Il existe bien des pièces de refabrication mais jusqu’à maintenant j’ai résisté à la tentation. Je décide donc de récupérer le tableau de bord de l’une de mes autres Z1R, moins authentique qui recevra prochainement un tableau de bord de refabrication. Le tableau de bord reçoit les compteurs d’origine de la moto, en parfait état. Le compteur affiche 43 034 km.
  • Les freins. Encore une particularité sur ce modèle et encore une source de problèmes. Le frein AV est mixte : le levier actionne un câble qui à son tour fait levier sur un maître-cylindre hydraulique dissimulé derrière le carénage tête de fourche. Toutes ces pièces sont spécifiques et donc rares … et chères. Je parviens à dénicher chez un ami en Allemagne quelques pièces neuves : durits, câbles. Pour le reste, il faut s’armer de courage et reconditionner les éléments existants
  • pour arriver au meilleur résultat : j’utilise trois maîtres-cylindres d’époque pour parvenir à refaire un ensemble maître-cylindre + réservoir en très bon état, plusieurs étriers de provenances diverses pour obtenir deux étriers corrects et fonctionnels.
  • Pour le frein AR, c’est presque pire : le maître-cylindre reçoit à l’usage les projections de la roue AR, il corrode, se grippe quand il ne fuit pas … Je teste une dizaine de maîtres-cylindres pour parvenir à en remonter un en bon état, et je m’aperçois qu’il existe deux montages différents sur le cadre : tout est à refaire. L’étrier AR a tendance à se gripper : il me faut tester plusieurs étriers avant de trouver un élément en bon état de fonctionnement, mais à repeindre !
  • Les durits, la visserie et les rondelles d’étanchéité sont remplacées par des éléments neufs.
  • Les disques sont rectifiés puis envoyés en peinture (noyau central).
  • Le collecteur d’échappement et le silencieux de la moto sont inutilisables. Il existe un silencieux de refabrication, ce sera mon plan B. J’essaie d’abord de trouver une ligne complète en état de neuf. Là encore mon copain allemand me donne la solution. Il accepte de me céder un collecteur quasi neuf, à un prix correct. Je suis sûr qu’il aurait pu le vendre beaucoup plus cher sur internet ! La moto qui a déjà fait don de son entourage de compteurs va également être dépouillée de son silencieux d’échappement : celui-ci est pratiquement neuf, introuvable de nos jours.
  • J’ai commencé le démontage de la moto en juin 2014. J’ai envoyé rapidement les pièces chez les différents sous-traitants. Pour ce projet particulier, je n’ai ni urgence ni délai à respecter. J’attends donc que toutes les pièces soient revenues pour démarrer le remontage de la moto : je les examine et les stocke au sec.
  • Cela me permet également d’étaler mes dépenses car la restauration d’une telle machine est un engagement financier important que j’engage sur mes fonds propres.
A ce sujet, je renoncerai à deux achats :
  • Les poignées caoutchouc de la Z1R sont spécifiques et donc très rares, voire introuvables. Je réussis néanmoins à dégoter un jeu neuf aux USA mais le vendeur en demande 277 US $ ! Au prix catalogue du constructeur, cela devait coûter 56 F …
  • Je cherche toujours une bulle d’origine. Je parviens là encore à en trouver une neuve, je suis ravi, mais à 850 US $ je lâche l’affaire …
  • Il y a une boutique EMMAÜS en face de chez moi, les gens font la queue pour acheter des vêtements à 2 €, je ne veux pas sombrer dans le ridicule : ma moto gardera sa bulle et ses poignées d’époque.

Fin 2014, la plupart des pièces sont revenues, à l’exception de la carrosserie qui est toujours chez le peintre. Ce sera elle qui sera prête en dernier, début mars 2015. Cependant, le peintre me tient informé de l’avancement de son travail et m’envoie quelques photos qui attisent mon impatience.
Je décide de commencer le remontage de la moto après les fêtes de fin d’année.
Je choisis d’y associer mon mécanicien stagiaire, cela lui fera une bonne expérience et la moto est d’exception.A partir du cadre nu, l’ordre de remontage est toujours le même.
  • béquille centrale (avec visserie rezinguée et ressort neuf)
  • tés de fourches (avec roulements de direction coniques neufs, bagues et écrou de serrage rezingués, visserie chromée neuve)
  • fourche reconditionnée (tubes, ressorts, joints spys, caches poussière neufs, fourreaux polis)
La plaque d’identification d’origine, en bon état, est repositionnée à son emplacement initial à l’aide de rivets neufs (d’origine Kawasaki).
La poudre époxy utilisée par mon peintre est suffisamment fine pour que le marquage à froid d’origine (identification du véhicule) demeure bien lisible, avec ses poinçons d’origine, sur la gauche de la colonne de direction : *KZTOOD 013650*
Le marquage à froid - made in japan – situé dans l’axe de la colonne de direction est également bien lisible.
Z1R-jeuconcours18
Z1R-jeuconcours19
Z1R-jeuconcours20   Z1R-jeuconcours21
Ainsi équipé, le cadre repose sur la béquille centrale et la fourche, il est facile à déplacer dans l’atelier et peut recevoir selon les cas, le hub AR (bras oscillant, transmission secondaire, amortisseurs, roue AR) ou le moteur complet.
Dans le cas présent, c’est le moteur qui arrive en premier.
Le bloc de la Z1R doit peser environ 75 kg.
Il s’agit de le mettre en place sans endommager la peinture neuve du cadre et du moteur : une véritable gageure ! Pour cela, j’utilise des couvertures ou des chiffons épais que je scotche sur les berceaux en doublant les épaisseurs au droit du passage des goujons d’échappement.
Le moteur reprend sa place par le côté droit du cadre.
Z1R-jeuconcours22
Z1R-jeuconcours23    Z1R-jeuconcours24
Avant de remonter le bras oscillant, j’en profite pour comparer deux bras : l’un de Z1R et l’autre de Z1RII dont l’usine dit qu’il est plus court, réduisant l’empattement de la moto.
La différence n’est pas flagrante : les deux bras oscillants ont la même longueur hors-tout, celui de la Z1RII comporte des lumières plus grandes, ce qui permet effectivement d’avancer de quelques millimètres l’axe de roue AR et donc de réduire l’empattement.
Subtil mais exact !
Z1R-jeuconcours25   Z1R-jeuconcours26
Au fur et mesure de son remontage la moto reçoit des consommables neufs :
  • pipes d’admission (entre carbus et culasse)
  • conduits d’admission (entre boîtier de filtre à air et carbus)
  • transmission secondaire
  • damper de roue AR
  • plaquettes de freins
  • câbles de gaz, de compteurs, d’embrayage
  • batterie
  • régulateur, redresseur, relais de clignotants et de warning
  • phare H4
  • clignotants
Concernant ces derniers, je choisis d’installer les clignotants AR directement sur le cadre tel que prévu à l’origine plutôt que sur le support de feu AR (version européenne). La moto me semble ainsi mieux équilibrée.
Z1R-jeuconcours27   Z1R-jeuconcours28
La partie-cycle est maintenant achevée, il ne manque plus à la moto que sa carrosserie repeinte.
The final touch !
Je redoute une expédition par colisage. Je décide donc d’aller moi-même chercher la carrosserie en Allemagne pour ne pas risquer d’endommager le travail fraichement terminé.
Je m’offre donc un aller-retour dans la journée, un samedi d’hiver. Rassurez-vous, je n’intégrerai pas le prix de la course dans le budget de restauration de la moto …
La carrosserie est splendide !
A mon retour, en pleine nuit je la déballe et l’installe sur la moto. Je ne peux résister ni attendre le lendemain matin.
Au réveil, à la lumière du jour, elle est parfaite.
J’ai bien fait d’attendre et de faire confiance à ce peintre. Je lui envoie un message de remerciements et de félicitations, à lui et à l’ami qui nous a mis en relation. En effet, ce peintre ne travaille qu’avec des professionnels de son pays et il n’était pas très chaud à l’idée de travailler avec un français.
C’est un ami commun qui l’a convaincu de travailler avec moi.
J’en suis ravi. Lui aussi semble-t-il car nous avons depuis, mis plusieurs autres projets en chantier.
La moto est donc quasiment terminée, il me reste encore quelques finitions : sélecteur, contacteur de feu stop, purge des freins.
   Et puis, il faut bien remettre le moteur en route.

Z1R-jeuconcours30    Z1R-jeuconcours29
La remise en route est un moment à part, c’est la dernière pièce d’un puzzle commencé il y a maintenant près d’un an. Une quinzaine de personnes travaillent sur la restauration d’une moto. J’organise, je dirige, je démonte, je remonte et au final, si tous ces intervenants ont parfaitement rempli leur tâche, je tourne la clef de contact, les voyants du tableau de bord s’allument, j’appuie sur le bouton du démarreur et en quelques secondes le moteur reprend vie.
C’est à chaque fois un moment magique et une véritable émotion.
Ce ne sont après tout que des vis et des boulons mais ils sont chargés d’un supplément d’âme.
Le moteur de la Z1R redémarre sur un filet de gaz. Il n’avait pas tourné depuis 1991.
Z1R-jeuconcours31
Je sens l’odeur caractéristique de la graisse utilisée par le mécanicien pour remonter les paliers d’arbres à cames.
Pas de fumée, de bruits suspects.
Pas de suintement ni de fuite.
Je fais chauffer le gros 4 cylindres de la Z1R. Il me tarde d’aller essayer la moto.
Il y 37 ans un employé dans une combinaison au logo Kawasaki effectuait le même geste à la sortie de la chaîne de montage de l’usine d’Akashi.
Tout nous sépare.
Tout nous relie.
Mes pensées vont vers tous ceux qui ont permis la restauration de cette machine d’exception : Pascal, Pablo, Jacques, Loïc, Frank, Roland, Jimme, etc …
Mes pensées vont à Gérard avec qui toute cette histoire a commencé. C’est à lui que j’envoie la tout première photo de sa moto, restaurée.
C’est sûr, je vais la garder votre moto Gérard … au moins 35 ans !

Didier KALUZA
Tous droits réservés
Juin 2015
Z1R-jeuconcours32