Kawasaki 350 S2 : trois cylindres pour un succès

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Ce petit monstre rouge décoré  de filets jaunes est tout à fait sympathique

Moto Revue n° 2025

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Dans les années 60, Kawasaki s'épuise dans ses tentatives de conquête du marché nord américain.

A l'échec des petites cylindrées (85 cc J1 et 125 B8) succède l'échec de la W650 - plus grosse cylindrée nipponne au moment de sa commercialisation.

Pour la marque d'Akashi et K.M.C. sa filiale U.S., le succès finit tout de même se dessiner avec l'introduction des 250 A1 Samouraï (1966) et 350 A7 Avenger (1967).

Des bicylindres 2 temps à caractère résolument sportif :

- 31 CH à 8 000 tr/mn pour la 250 (151 kg tous pleins faits)

- 40,5 CH à 7 500 tr/mn pour la 350 (159 kg tous pleins faits)

Particularité technique : l'admission s'effectue par disques rotatifs, situés sur les côtés à l'extérieur des cylindres.

Un choix ingénieux, mais qui représente un surcoût tant au niveau de la recherche/développement que de la fabrication.

Sur le plan technique, l'utilisation de disques rotatifs permet de s’affranchir de la symétrie du temps d’admission, par rapport au point mort haut (admission classique).

Avantage : gain de puissance et de performance conséquent.

Inconvénient : largeur moteur accrue.

Vitesse de pointe :

155 km/h pour la 250 Samouraï

165 km/h pour la 350 Avenger

Pas mal pour l'époque.

Le public U.S. adore ...

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Mais les motoristes d'Akashi, le site de Kawasaki au Japon, comprennent vite que la puissance d'un moteur 2 temps est limitée par la capacité d'admission du carburant dans les chambres de combustion …

Trois cylindres, même plus petits, offriraient plus de puissance qu'un twin de même cylindrée.

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En 1967 démarre le projet N 100, qui aboutira deux ans plus tard, à la commercialisation de la 500 Mach III.

On imagine mal l'engouement suscité par la présentation du premier 3 cylindres 2 temps, lors du Salon de Tokyo 1968.

Une moto simple, proposée à moins de 1 000 $, offrant des performances et des accélérations encore jamais vues sur une machine de série.

Surfant sur le succès de la 500, Kawasaki développe ensuite sa gamme "triple" vers le haut, avec la 750 Mach IV - commercialisée fin 1971, sous l'appellation 750 H2 en Europe.

La légende est en route.

L'usine n'a plus qu'à décliner le concept "3 cylindres 2 temps" vers le bas pour compléter son offre :

- 1972 : 350 S2 Mach II

- 1973 : 250 S1 Mach I

Par la suite, la 350 S2 deviendra 400 S3 (1974).

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Avec le moteur 3 cylindres 2 temps face à la route, Kawasaki ne peut conserver le principe de l'admission par distributeur rotatif.

Pour des raisons d'encombrement.

Aussi la 500 H1, comme tous les "triples" de la marque, sont-ils alimentés par de classiques carburateurs à boisseaux, commandés par câbles.

L'admission s'effectue de manière classique, par la jupe du piston.

Principe simple et surtout moins onéreux à produire qu'une admission par disques rotatifs.

Autre avantage : une meilleure lubrification, le mélange essence/huile passant plus vite dans le bas moteur avant de monter vers le haut moteur.

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La S2 : elle marchait fort, tenait très bien la route, elle était solide et quelle allure !

Xavier Maugendre, PDG de la SIDEMM

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Lorsqu'arrive la 350 S2, en 1972, Kawasaki a déjà engrangé de l'expérience avec la 500 Mach III et la 750 Mach IV.

C'est sans doute pourquoi la S2 apparaît d'entrée plus civilisée, moins brutale qu'une 500 Mach III, plus douce qu'une 750 Mach IV - et ce indépendamment de la moindre cylindrée.

Commercialisée au tarif de 900 $, elle est moins chère que la 500 dont le prix est passé de 999 $ en 1969 à 1 200 $ en 1972.

Pour maîtriser les coûts de production, Kawasaki a dû rogner sur les équipements de la 350 :

- allumage batterie/bobines (CDI sur la 500 et la 750)

- frein AV à tambour double came (à disque sur la H2 et sur la H1, à partir de 1971)

Au début des seventies, la catégorie intermédiaire est très prisée par le public : une 350 cc est déjà une grosse moto.

Les constructeurs se livrent à une concurrence acharnée sur ce segment.

Avec une puissance maxi de 45 CH à 8 000 tr/mn pour 150 kg, la S2 éclipse la concurrence.

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Du fait de sa petite cylindrée et de son poids maîtrisé - 155 kg tous pleins faits - la 350 S2 se révèle facile à emmener et particulièrement maniable.

Son châssis multitubulaire à double berceau est suffisamment dimensionné pour propulser l'engin à plus de 165 km/h.

Un empattement réduit et des suspensions "correctes" permettent d'exploiter pleinement les qualités moteur de la S2.

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Dès le premier coup d'oeil, la S2 séduit : beaucoup plus compacte et équilibrée que sa grande soeur de 500 cc, trapue et harmonieuse à la fois, c'est une réussite esthétique certaine.

Jean-Pierre Frisquet, Motocyclisme n° 27

La carrosserie de la S2 adopte la ligne caractéristique de la gamme "triple", millésime 1972 : réservoir allongé, caches latéraux, dosseret.

L'ensemble souligné d'une double bande jaune et bleue, bordée de filets blancs.

Ainsi les acquéreurs de S2 ont-ils le sentiment d'appartenir à la grande famille des Kawasaki "triples".

Les trois pots d'échappement chromés (relevés sur la 350) font le reste !

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La S2 est proposée en deux coloris :

- Pearl Candy Tone Red

- Antique White Pearl

Elle est principalement diffusée en rouge en Amérique du Nord et en Europe.

C'est l'inverse sur le marché domestique japonais.

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Cet exemplaire, immatriculé pour la 1ère fois en France en janvier 1975, ne totalise que 12 557 km d'origine.

Compte tenu du caractère sportif du moteur et des performances de la 350, Kawasaki est amenée à faire évoluer sa S2 en cours d'année, notamment sur le plan mécanique  :

- réglages carburation

- débit pompe à huile

- vilebrequin monté sur 6 roulements (au lieu de 4 à l'origine)

En 1973, la 350 prend l'appellation S2A et reçoit quelques améliorations supplémentaires :

- frein AV à disque à commande hydraulique

- nouvelle fourche

- embrayage modifié

- restyling carrosserie (conformément au reste de la gamme 73)

- nouveau tableau de bord

- garde-boue AV chromé

A partir de 1974, la 350 laisse place à la 400 S3.

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- garde-boue AR long en inox

- fixation clignotant vers le bas

- flasque de frein noire

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Dès sa commercialisation, la 350 S2 rencontre le succès dans la plupart des pays où elle est distribuée.

En France, elle devient la reine de la Coupe Kawasaki - Moto Revue - Motul.

C'est la moto retenue pour les éditions 72 et 73.

Cela lui vaudra une reconnaissance éternelle, pour les participants comme pour le grand public :

La 350 S2, fille de la Coupe Kawa

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Du fait de sa participation à la Coupe, la 350 S2 est devenue une moto très rare.

De nombreux exemplaires ont couru à l'époque.

Les autres ont été phagocytés et ont alimenté en pièces détachées les motos des participants.

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