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Série n° Z1 11 937
Moteur n° Z1E 12 174

Tous les collectionneurs, les amateurs de motos de collection sont en quête du graal : mettre un jour la main sur une moto ancienne, fort peu kilométrée, complète, en état d’origine et prête à redémarrer ; une machine soigneusement remisée depuis des années au fond d’une grange, à l’abri des intempéries et de la corrosion, recouverte d’une épaisse couche de poussière …

Tous en parlent, peu d’entre nous l’ont vécu.
Telle est pourtant l’histoire de cette Z1.

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Son propriétaire est néerlandais, il réside aujourd’hui en Autriche où il a pris sa retraite. Il a acquis sa moto neuve en 1974 et l’a  immatriculée dans son pays d’origine – les Pays-Bas. Voyageant à travers le monde pour son travail – l’extraction pétrolière, il a très peu utilisé cette moto.
En octobre 1992, voilà plus de vingt ans, il l’a ramenée en France et confiée à l’un de ses amis.

De nationalité canadienne, ce dernier  travaille à Houston, Texas – toujours dans le pétrole – mais il vit dorénavant sous le soleil de Rio de Janeiro … De mémoire, Il n’a roulé qu’une seule fois sur la Z1, avant de stocker la moto dans les meilleures conditions : sans batterie ni carburant, un peu d’huile dans les cylindres ...

Les objets de ses passions ont plutôt quatre roues que deux …
La moto est restée en France, durant toutes ces années. Parmi d’autres véhicules de collection : Jaguar type E, Alfa Roméo Montréal, etc …
Quand il m’a contacté, en début d’année, il s’interrogeait sur la valeur de revente de cette moto. Nous avons échangé quelques courriels et en sommes restés là.

Au printemps, il a mis la moto en vente, sur un site d’annonces français.
Quand l’un de mes clients m’a parlé de cette annonce, j’ai aussitôt téléphoné. La moto était déjà vendue, l’acquéreur devait venir la chercher. Sans tarder.
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L’été s’est écoulé, l’acheteur ne s’est pas manifesté. Fin août, le détenteur de la moto m’a recontacté afin de savoir si j’étais intéressé. Son acheteur lui promettait toujours de venir voir la moto, sans jamais lui proposer de date réelle de rendez-vous.

Devant repartir chez lui au Brésil, il m’a demandé de venir voir la moto et si possible, de traiter l’affaire au plus vite. Je me suis rendu chez lui au guidon de la plus belle de mes Z1, restaurée à neuf.

Nous avons passé plusieurs heures à parler de nos passions respectives – le plus souvent mécaniques - des voyages, de la vie en général … Nous nous sommes appris l’un l’autre. Et vite compris.

C’est donc au fond, de la grange dans laquelle elle s’engourdissait depuis plus de vingt ans, que j’ai finalement découvert cette Z1. Il s’agit d’un modèle 1973, sortie de l’usine en avril 1973. La moto est une authentique 1ère main, totalisant 2 209 km d’origine. Elle est dans un état rare de conservation, proche de son état d’origine.

Plutôt que de remettre le moteur en route sur place, avec un booster de batterie, j’ai préféré ramener la moto à l’atelier afin de prendre les précautions d’usage :
  • vidanger l’huile moteur
  • nettoyer la crépine de la pompe à huile
  • remplacer les filtres (air, huile) et les bougies
  • verser de l’huile dans les cylindres et faire tourner le moteur manuellement à l’aide du kick
  • nettoyer la rampe de carburateurs
  • installer une batterie neuve
  • vérifier l’avance à l’allumage
Dans ces circonstances, l’instant du redémarrage est réellement magique, comparable à la dégustation d’un vin rare et très ancien : en théorie, cela doit être sublime, mais cela peut aussi tourner à la piquette ...
Batterie. Contact.
Les voyants s’allument.
Démarreur.

Le moteur s’ébroue dans un impressionnant nuage de fumée noire et les pots d’échappement rejettent leur trop plein de ferraille corrodée accumulée depuis des décennies. Mise en route durant quelques secondes, puis arrêt.

Coup d’œil circulaire : aucune fuite, aucun bruit suspect. Remise en route. Le moteur tourne maintenant très correctement, je le laisse monter en température. La Z1 vient de renaître à la vie …

Hibernatus est de retour parmi nous. Elle s’était assoupie au cœur d’une autre époque où régnaient les 900 Ninja, 750 VFR, 1000 Exup ; déjà elle faisait figure d’ancienne. Elle se réveille vingt ans plus tard : autour d’elle des T-Max, des Hayabusa… Les GSXR, V-Max et Goldwing sont encore là, mais dans leur dernière génération ! Je ne parle même pas des Z 1000 Kawa…

Passé cette première étape de remise en route, il faudra bien sûr penser à restaurer cette Z1. Sa partie-cycle n’est pourtant pas du tout corrodée. La direction est dure, sans doute parce que la graisse a séché. Les joints spys de fourche sont fuyards. L’étrier de frein est bloqué.

Je ne m’en lasse pas. Le moteur démarre et redémarre sans aucun souci : il tourne bien rond et émet le son caractéristique des Z1 peu kilométrées. La cloche d’embrayage n’a aucun jeu, elle est parfaitement discrète. La distribution est complètement silencieuse. Seuls les échappements sont très sonores, ce sont les modèles d’époque dotés de grosses chicanes !

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En tant que collectionneur, avoir la chance de contempler ainsi une telle machine, complètement d’origine, plus de vingt ans après sa dernière utilisation, quarante ans après sa fabrication, constitue une véritable émotion.

Tout est d’origine : pots d’échappement, carrosserie, compteurs, selle, visserie, … même le porte-clefs. A l’exception toutefois des amortisseurs, remplacés lors de l’achat de la machine.Le réservoir d’huile (transmission secondaire) et la pompe de graissage sont bien là ; ils ont été démontés et soigneusement conservés.

Avec un peu de chance, l’essence est d’époque comme l’air dans les pneumatiques ! Les pneumatiques. Ils sont secs, durs et craquelés. Impensable de les conserver.Pour le reste …La mousse de la selle est délitée, mais la housse n’a pas d’accroc.Les chromes sont en très bon état : ils sont recouverts d’une fine pellicule grasse qui les a protégés durant toutes ces années.Sous la selle, la trousse à outils est bien présente.Dans le dosseret, le petit tiroir avec son sticker (schéma électrique) renferme encore le manuel d’utilisateur, en parfait état.
Les documents sont également d’époque :
  • certificat d’immatriculation néerlandais
  • vignette
  • facture d’achat
  • manuel de service Clymer Publications
  • (édition 1975)
Quelle que soit l’objet, quelle que soit sa valeur, la rareté et l’authenticité sont l’essentiel pour tout collectionneur.

Mais le plus important reste la quête en elle-même.  
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