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En 1961, Kawasaki qui s’appelle encore, Kawasaki Aircraft Company Ltd se lance dans la construction moto. Rapidement, la marque d’Akashi constate qu’il sera difficile  de se faire une place sur le marché intérieur japonais, déjà fort concurrentiel.

En 1964, elle songe même sérieusement à stopper définitivement sa branche moto.

En 1965, Kawasaki Japon envoie aux U.S.A. un jeune manager, Yoji HAMAWAKI, qui rentre du Brésil où il a vainement essayé d’imposer les machines agricoles de la marque (!). Il a pour mission de nouer des contacts avec des distributeurs américains et essayer de créer un premier réseau de distribution pour les motos de la marque. A cette date, Kawasaki occupe 2% des parts du marché américain de la moto, loin derrière ses concurrents américain (Harley Davidson), japonais (Honda, Yamaha, Suzuki) et anglais (Triumph). Progressivement, Kawasaki U.S. - et ses deux branches A.K.M. et E.K.M. - va faire évoluer son réseau de distribution tout en initiant de nouveaux modèles à forte identité : les bicylindres 2 temps à caractère sportif, 250 Samouraï et 350 Avenger, la 500 Mach III, « widow maker », la 750 H2 et bien sûr le navire amiral de la marque, la 900 Z1 Super Four.

K.M.C. va mettre trois années pour se structurer et aboutir à sa forme définitive, à partir de 1968.
Sur le plan commercial, la marque va un à un dépasser ses principaux concurrents, américain, Harley Davidson, puis  japonais, d’abord Suzuki en 1973 et Yamaha en 1975 pour s’installer durablement à la deuxième place sur le marché U.S.

En 1974, Kawasaki occupe 17% des ventes de motos aux Etats Unis ce qui représente un volume de 170 000 machines vendues (les ventes culmineront à plus de 200 000 unités en 1977 pour un chiffre d’affaire de 250 millions de dollars).

C’est à cette époque que K.M.C. décide de modifier sa politique de publicité motos aux Etats Unis. Jusque-là, les publicités Kawasaki étaient plutôt classiques, autant dire  japonaises, traduites ou adaptées pour le marché américain. K.M.C. va innover en confiant sa campagne de promotion à un grand artiste américain du 20e siècle : Norman ROCKWELL Alors âgé de 80 ans, Norman ROCKWELL a bâti son œuvre en observant ses contemporains : il a peint et photographié avec humour plusieurs générations d’américains à travers des scènes de la vie quotidienne.
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« Triple self-portrait »
Il a illustré les grands problèmes de la société américaine : la ségrégation raciale. Il a peint des personnages célèbres (Kennedy, Nixon, Frank Sinatra, John Wayne, etc …) comme les grands évènements de la société américaine : le premier homme sur la lune, le base-ball, le basket-ball, etc ..

Il s’est rendu célèbre pour avoir illustré de 1916 à 1960 les couvertures du magazine Saturday Evening Post. Sa peinture s’impose avec l'essor des magazines illustrés entre les années 20 et 50. Son style précis et méticuleux annonce l’hyperréalisme.

À partir des années 1930, Norman Rockwell ajoute un nouvel auxiliaire à son travail, la photographie, ce qui aura une influence sur son œuvre en orientant sa peinture vers le photoréalisme.
Le style de Norman Rockwell est qualifié de storyteller (narratif). Comme illustrateur, il fait en sorte que ses œuvres soient en parfaite correspondance avec les textes qu'il illustre. Pour ses couvertures de magazines, chaque détail a un rôle dans la narration de la scène. Son travail évolue d'un naturalisme hérité du XIXe siècle à une peinture plus réaliste et précise dans sa période la plus prolifique. Il use aussi de la caricature pour accentuer le caractère comique de certaines situations.

A partir de 1974, Norman ROCKWELL réalise une série de photographies mettant en scène les modèles de la gamme Kawasaki au cœur de la vie  quotidienne des américains.

La 900 Z1 est le porte-drapeau de la marque ; elle tient donc la vedette de cette succession de campagnes :
the-runaway-1958« The Runaway, 1958 »
  • en 1974, une  900 Z1A « orange & rootbeer » est photographiée chez un pompiste, dans un village qu’on image loin de tout centre urbain. La moto attire sur elle tous les regards : du pompiste, de l’épicier, des badauds et même des enfants du village, alors que le propriétaire de la moto, visiblement, un gars de la ville (eu égard à ses vêtements) se désintéresse  complètement de la scène pour concentrer son attention sur une vieille moto « antique » remisée dans l’arrière-boutique. Tout est dit  !

  • en 1975, une 900 Z1B « candy super blue » est béquillée en ville, sac de couchage enroulé sur le dosseret arrière. Elle est garée devant une agence de voyage. A l’intérieur de la boutique, un seul personnage. Il regarde avec envie la Kawa : c’est l’agent de voyage. Celui-là même  qui passe sa vie à vendre des destinations de rêve en partance vers le monde entier – c’est écrit sur la vitrine ! - qui se prend à rêver en contemplant la 900.  Quelle parabole !

  • toujours en 1975, la même 900 Z1B est garée derrière un palace où se tient visiblement une fête des plus select ; il n’y a qu’à voir les limousines stationnées sur le même parking. Pourtant tous les chauffeurs de maîtres, qui en ont vu d’autres, n’ont d’yeux que pour la Kawa. Quelle revanche !

  • En 1976, la 900 Kawasaki devenue KZ 900 aux U.S.A. est béquillée devant le Fairmount Hotel de San Francisco. Elle capte l’attention d’un chauffeur de taxi qui en oublie son client forcément pressé, des portiers de l’hôtel qui s’extasient tout autant, oubliant leurs clients fortunés de tous âges choqués de ne pas attirer pour une fois l’attention de leurs contemporains. Le propriétaire de la Z 900 tourne le dos à la scène et se dirige vers l’intérieur de l’hôtel. Quel raccourci ! 
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Le leitmotiv « Think different » avait présidé à la création de la 500 mach III 3 cylindres 2 temps. Le résultat dépassa sans doute les espérances de ses créateurs.

« Think different » trouve ici son prolongement naturel dans cette  campagne de publicité d’un genre nouveau – en tout cas pour un constructeur de motos japonais. Finies les images prises en studio, s’attardant sur les caractéristiques techniques des nouveaux modèles. L’artiste donne dans la mise en scène et le message subliminal : la Kawa séduit tout le monde, elle fait l’unanimité et transcende les couches sociales de l’Amérique des années 70.

Elle rassemble, riches et pauvres, travailleurs et nantis, blancs et noirs, jeunes et vieux … Mieux, elle les fait rêver ! La campagne cartonne aux Etats Unis car Norman ROCKWELL appartient à la culture populaire américaine.  Autant dire qu’il l’incarne !
L’associer à un produit d’origine étrangère – les motos japonaises n’avaient guère la côte dix ans auparavant - revient forcément à « américaniZer » ce produit. C’est bien le but recherché par les responsables de K.M.C. qui s’apprêtent à inaugurer une usine « made in U.S.A. » à Lincoln,  Nebraska où seront construites des Kawasaki par les « meilleurs ouvriers du monde ». Toutes les pièces de ces modèles seront d’ailleurs  siglées « made in U.S.A. » et le lancement se fera en grande pompe par le biais d’une série limitée de 200 exemplaires de KZ 1000 blanches équipées Vetter (carénage, top case et sacoches), encore un fabricant U.S., siglées d’un aigle sur le réservoir et portant la mention « The Americanization of Kawasaki ». 007
La filiale américaine organisera même une expédition symbolique en convoi, reliant l’usine de Lincoln à St Louis, Missouri, où seront remises aux concessionnaires réunis en congrès, les 200 premières Kawasaki fabriquées aux U.S.A.

Dans l’esprit des responsables japonais, il est sans doute plutôt question d’une « Kawasakisation de l’Amérique » … C’est à partir de cette usine de production implantée aux U.S.A. que la marque japonaise devenue pour partie américaine pourra accéder aux marchés d’état et vendre à la police des générations de Kawasaki 1000 qui s’illustreront sur les routes du pays et envahiront les écrans TV du monde entier à travers la série C.H.I.P.S.

Norman ROCKWELL décède en 1978.

Dans ses dernières années, il réalise plusieurs campagnes pour la marque, tout en restant fidèle à son œuvre artistique et aux mythes de la culture américaine :
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L’automobile et la Z 400 La famille et la 90 La country music et la Z650 D Le foot US et la Z 400 Custom
Les revues d’art et de photographie du monde entier  reprennent et publient ces photos qui n’étaient au départ que des supports  publicitaires.

En France la revue PHOTO, belle édition des années 70, publie certaines de ces photos.

A l’époque de leur parution, j’ai 16 ans et deux passions : la photo et la  Kawasaki Z1. Je possède déjà mon matériel photo (réflex Nikon, agrandisseur) et j’économise pour acquérir à 18 ans, la moto tant convoitée. Les photos de Norman ROCKWELLL constituent un choc visuel et émotionnel, en un mot : une synthèse. Parfaite !

Je découpe soigneusement et encadre chacune de ces photos. Elles m’accompagneront durant des années au fil de mes déménagements et trouveront toujours une place dans mes appartements successifs. Ces clichés prélevés dans la revue PHOTO en 1977 finiront par jaunir et ne plus être présentables. Quelques années plus tard, grâce à l’avènement d’internet, je me mets en quête de retrouver ces publications, dans leur format original.
Je suis parvenu à réunir la quasi-totalité de la série sous forme de posters tels qu’ils étaient à l’époque proposés aux  concessionnaires de la marque à travers le territoire U.S. Je pense sérieusement à faire rééditer certaines de ces images.

L’atelier de Norman ROCKWELL se situe à Stockbridge, Massachusetts. Il est devenu aujourd’hui le Norman ROCKWELL Museum.

On peut y admirer de nombreuses œuvres de l’artiste.

Le tableau « The Problem We All Live With », 1964 représentant une fillette noire, le premier jour où elle se rend à l’école all-white, encadrée par quatre marshalls chargés de faire appliquer la loi anti-discrimination, a été acquis par la Maison Blanche,  où il se trouve exposé.

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« The Problem We All Live With », 1964